Démarche de coconstruction avec les partenaires

Le point de vue de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal
Article no 10.01.06 Mots-clés : partenariat, collaboration
Au cours des dix dernières années, le réseau de la santé a connu différentes transformations structurelles majeures et proposé une nouvelle dynamique entre les acteurs, dont la hiérarchisation des services en santé mentale. C’est dans ce contexte que l’Hôpital Louis-H. Lafontaine, devenu depuis l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal, a transformé son organisation de services en 2007, en migrant vers une structure par programme clientèle, tout en poursuivant une démarche en vue d’obtenir le statut d’institut.

Élise Badey
ÉLISE BADEY, chargée de projet du pôle Est en santé mentale adulte
Sylvie Carrière
SYLVIE CARRIÈRE, coordonnatrice du comité des partenaires de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM)
DENISE FORTIN, directrice générale, IUSMM
DENISE FORTIN, directrice générale de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM)

DR ANDRÉ LUYET, directeur, Direction des affaires médicales et cliniques IUSMM

DR ANDRÉ LUYET, directeur, Direction des affaires médicales et cliniques de l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM)

 

 

 

 

Les deux axes de développement sont caractérisés par une volonté inébranlable de s’inscrire dans une approche de collaboration et de leadership partagé. Suivant ces axes, l’équipe de l’Institut travaille étroitement avec deux groupes de partenaires distincts, mais complémentaires, et ce, dans une optique d’amélioration et du développement des services de santé mentale. Le premier groupe forme ce qui est convenu d’appeler maintenant le Pôle Est. Le deuxième réunit sept établissements qui mènent ensemble les travaux requis pour le développement d’un institut réseau en santé mentale.

Regroupement en pôle

Les fondations
Des mécanismes de concertation et de liaison entre les centres locaux de services communautaires (CLSC), les centres d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), les organismes communautaires et les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Louis-H. Lafontaine peuvent être identifiés avant 2005. Afin d’actualiser le Plan d’action en santé mentale (2005-2010) et les changements organisationnels requis, les établissements du réseau de l’Est de Montréal offrant des services en santé mentale adulte, choisissent de travailler de concert, avec la volonté d’optimiser leurs actions, notamment par l’instauration et l’harmonisation de partenariats avec les autres dispensateurs de services, et par la standardisation de certains processus tels que l’accès. Une coordonnatrice, rémunérée par chacune des organisations, assurait l’actualisation du plan d’action. Les établissements représentés étaient : les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont et Louis-H. Lafontaine, les centres de santé et de services sociaux (CSSS) Lucille-Teasdale, Saint-Léonard-Saint-Michel et Pointe-de-l’Île. Des travaux multiples ont réuni les acteurs en visant toujours à offrir de meilleurs services, un arrimage et un continuum plus efficient pour les usagers.

Le pôle Est
En juin 2013, le rapport Agir maintenant ! de Roger Paquet amène la notion de travail en pôle sur l’île de Montréal. On vise par le regroupement des établissements à créer un lieu de rencontre pour relever des défis particuliers. Il s’agit de créer une zone de collaboration regroupant plusieurs territoires de CSSS, en tenant compte de la réalité montréalaise où existe une mobilité de territoire entre les clientèles. Les établissements de l’Est décident alors de poursuivre plus activement leur collaboration. À la fin de l’été 2013, une chargée de projets est nommée et une structure de gouvernance prend forme.

Le pôle met sur pied le comité des directeurs généraux regroupant des décideurs d’établissement (directeurs généraux, directeurs de programmes-santé mentale, chefs de départements de psychiatrie et la chargée de projets) qui, en association et en partenariat, offrent et gèrent la complémentarité des services de 1re, 2e et 3e ligne, à l’intérieur des territoires ciblés. Ainsi, le pôle Est regroupe les CSSS suivants : Lucille-Teasdale, Pointe-de-l’Île et Saint-Léonard/Saint-Michel, avec les hôpitaux Santa-Cabrini, Maisonneuve-Rosemont, Rivières-des-Prairies, de même que l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal. Les réseaux locaux de chaque CSSS, composés des organismes communautaires et omnipraticiens, font partie intégrante du pôle.

Le comité des directeurs généraux a pour fonction d’orienter les objectifs de résultats, de préciser les règles de fonctionnement afin d’assurer l’accès aux services requis par les populations et un cheminement fluide entre les dispensateurs de soins des réseaux locaux, de favoriser les liens entre les partenaires, d’encourager l’innovation et la concertation et d’exercer une fonction de représentation pour le pôle devant les différentes instances.

En lien avec ce comité, le groupe formé des directeurs santé mentale propose un plan d’action et en assure le suivi. Des comités de travail, opérationnels, composés de chefs de programmes, sont créés pour réaliser les objectifs et s’assurer de l’atteinte des cibles. Soucieux de développer des projets porteurs et d’améliorer les services aux citoyens, le pôle actualise deux premiers projets de services intégrés visant la clientèle personnes âgées et les usagers des urgences ayant une priorité au triage de moyenne à faible.

Gains pour chacun
En regroupant les établissements autour de projets et de travaux communs, on constate plusieurs retombées positives pour la clientèle et pour l’organisation des services. On pense ici à l’amélioration de l’accessibilité et de la fluidité des services par une meilleure coordination et harmonisation des interfaces entre les lignes de soins. L’efficience s’en trouve aussi bonifiée par le partage des pratiques clinico-administratives, l’échange de procédures existantes, etc.

Une réalisation illustrant la collaboration dans le pôle Est prend forme dans le transfert de la clientèle. Entre 2009 et 2012, un peu plus de 900 usagers d’un établissement psychiatrique de deuxième ligne (IUSMM) seront transférés vers les omnipraticiens de la communauté et les équipes de première ligne de santé mentale des CSSS. Ce projet d’envergure a réuni les gestionnaires, cliniciens et usagers du pôle autour d’un chantier commun : définir en collaboration toutes les étapes du processus, les mécanismes à mettre en place ainsi que les procédures requises. La clientèle en est ressortie gagnante puisqu’elle a rapporté une satisfaction élevée, démontrée par un sondage réalisé à la suite du transfert.

Forts de ces expériences, on peut anticiper que le travail en pôle améliorera la gestion des risques pour la clientèle, la qualité des services par un soutien coordonné dans le continuum de soins, ainsi que le transfert des connaissances et des expertises de part et d’autre.

L’institut réseau
En juillet 2011, fort de l’appui de ses partenaires, l’Hôpital Rivière-des-Prairies (HRDP), l’Hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM), l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont (HMR), l’Institut Philippe-Pinel de Montréal (IPPM) et le CHU Sainte-Justine (CHUSJ), auxquels se joint l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM) en juillet 2014, la désignation d’Institut est accordée à HLHL. En février 2013, le nom de l’Hôpital est remplacé officiellement par celui d’Institut universitaire en santé mentale de Montréal (IUSMM).

Axes de développement
Ce nouveau nom reflète une double réalité :
• l’IUSMM intègre toutes les activités de l’établissement qu’on nommait Hôpital Louis-H. Lafontaine – le conseil d’administration, les directions, les services, le centre de recherche, l’offre de service, les ressources humaines, financières, matérielles, informationnelles, les bâtiments et terrains, les cliniques externes, etc.;
• l’IUSMM devient en même temps le point de départ du véritable Institut universitaire en santé mentale de Montréal qui doit évoluer en partenariat pour répondre à sa mission. Les sept partenaires actuels ont la responsabilité de développer ensemble l’IUSMM.

Depuis 2011, différents éléments de structuration ont été mis en place afin de permettre le développement de ce projet. La table des directeurs généraux des sept établissements partenaires, tous reliés au Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) de Montréal, ainsi que le comité des partenaires en sont les principaux exemples. Plus spécifiquement, ce comité rassemble les chefs des départements de psychiatrie de ces établissements. Globalement, ces instances ont le mandat d’évaluer l’état du partenariat et d’en assurer le développement. En plus d’assurer la mission universitaire de l’IUSMM, elles doivent également définir la nature et la portée des partenariats, concrétiser ces derniers, identifier le pôle pédopsychiatrique, développer au moins trois nouvelles pratiques de pointe, démontrer l’intégration des activités d’évaluation et innover sur le plan clinique. Le choix de pratiques de pointe à développer en partenariat, visant entre autres un décloisonnement des services enfance-jeunesse–adulte pour les personnes présentant un trouble de la personnalité limite, un trouble anxieux, un trouble psychotique ou encore un trouble concomitant, a été fait en décembre 2013. Des tables réseau visant l’actualisation de ces différents projets seront mises en place en 2014, interpellant du même coup les acteurs des différentes lignes de service.

Au-delà de la volonté et de la détermination des différents partenaires impliqués, ces deux axes de développement ont plusieurs points de convergence. Ils visent d’abord à répondre aux besoins actuels et émergents de la population, par le développement et la mise en œuvre de projets cliniques et la révision des différents processus en termes d’organisation et d’accessibilité de l’offre de services. Par ailleurs, leur développement doit favoriser également l’émergence des meilleures pratiques cliniques et de gestion. Finalement, la nature même de ces projets favorise le développement de partenariats dynamiques qui requiert la mise en commun des forces en présence. Il est prévisible que les partenaires impliqués dans ces deux axes tisseront des liens de plus en plus étroits.

Vision d’avenir
Les projets respectifs des deux axes de partenariat évoluent en synergie. Les pratiques de pointe que l’Institut va développer rejoignent les objectifs généraux des services intégrés qu’élabore le pôle Est, soit d’améliorer les services en santé mentale pour les clientèles ayant des besoins spécifiques. Les populations vulnérables, allant des jeunes en transition vers l’âge adulte aux personnes âgées, présentent des besoins complexes qui mettent en jeu plusieurs acteurs et nécessitent la contribution d’expertises complémentaires. Le travail en association nous permet la mise en commun des forces vives de chacun et d’organiser les services en optimisant nos processus. Par ces partenariats novateurs, la responsabilité populationnelle s’exprime au-delà des établissements, des territoires et des lignes de soins.