Karen Debas, Neuropsychologue, Institut Universitaire en santé mentale de Montréal

Joanny Beauchamp, Ergothérapeute, Institut Universitaire en santé mentale de Montréal

Dans le contexte de la première vague de COVID-19, notre équipe spécialisée en symptômes psychologiques et comportementaux de la démence (SCPD) fut déployée dans un site non traditionnel hébergeant des aînés avec trouble neurocognitif majeur et SCPD, pour qui le respect des mesures de confinement représentait un défi. Notre rôle était de supporter l’équipe en place, peu expérimentée avec cette clientèle.

Cette expérience nous a démontré qu’il était possible, pour du personnel novice, d’intégrer rapidement les principes d’approche centrée sur la personne et les stratégies non pharmacologiques de gestion des SCPD. Différents facteurs liés à l’environnement et au contexte furent identifiés comme facilitateurs dans la prise en charge des SCPD. Il s’agit de la culture et du leadership organisationnels, de la présence à temps plein d’une équipe spécialisée, de méthodes d’apprentissage diversifiées, d’outils innovants, de la motivation, de la perception positive du rôle de l’équipe, de la multidisciplinarité et du bon ratio personnel-résident. Ces facteurs apparaissent opérer de façon synergique. Notamment, le bon ratio personnel-résident et le fait que l’équipe spécialisée soit facilement accessible ont joué un rôle important dans le déploiement des autres facilitateurs. En effet, la présence suffisante d’effectif a procuré au personnel le temps nécessaire pour réfléchir aux situations problématiques et pour demander de l’aide lorsque requis, ce qui a favorisé en retour la motivation et l’intégration des stratégies enseignées.

De même, la présence à temps plein de l’équipe spécialisée, intégrée aux autres employés, a favorisé le recours à des méthodes d’apprentissage variées et à des rétroactions rapides. Finalement, le leadership positif des gestionnaires, qui valorisaient les méthodes non pharmacologiques, a amené les préposés et aides de service à percevoir toute la portée de leur rôle dans le bien-être des usagers. Jusqu’à présent, de tels facilitateurs favorisant la prise en charge des SCPD ont reçu peu d’attention dans la littérature comparativement aux interventions individuelles. Pourtant, ces facilitateurs pourraient être déterminants pour expliquer l’efficacité de nos interventions. Par conséquent, tenir compte du contexte dans lequel les interventions non pharmacologiques sont effectuées aiderait à mieux saisir la complexité des SCPD et mènerait à de plus grands impacts cliniques.